dimanche 18 août 2019

Le petit paradis

4 de couv' :
Adriane Strohl, adolescente imprudente et idéaliste, vit dans une Amérique totalitaire du futur, contrôlée à l'excès... Alors qu'il est interdit à quiconque de sortir de la moyenne, la jeune fille, nommée major de sa promotion de terminale, commet l'erreur de vouloir briller dans son discours de fin d'études. Echappant de peu à l'exécution, elle se voir condamnée à être condamnée télétransportée dans une bourgade rurale, Wainscotia, pour y effectuer ses études supérieures... quatre-vingts ans plus tôt.
Forcée d'adopter une nouvelle identité et constamment surveillée, Adriane découvre avec stupeur l'Amérique surannée de 1959. Désireuse de purger sa peine de manière exemplaire et de rentrer chez elle au terme des quatre ans fixés, elle s'immerge dans le travail. Mais l'étudiante ne tarde pas à tomber amoureuse d'un de ses professeurs, Ira Wolfman, un "Exilé du futur" comme elle.


Je dois reconnaître que je n'ai pas été au départ complètement emballée par cette lecture. Sur l'écriture, rien à redire évidemment, mais ce roman m'a paru un peu trop inégal sur certains points pour emporter mon enthousiasme.
Du moins avant de commencer cet article, car en l'écrivant et donc en poussant l'analyse plus loin que "voilà ce que j'ai ressenti en le lisant", je me rends compte que l'auteur est allée au-delà d'une simple dystopie.

Après réflexion, la dystopie n'est que le point de départ de ce roman. Ce qui n'est guère étonnant, Joyce Carol Oates n'étant pas une auteure de science-fiction.
Ainsi, si le côté dystopie est bien clair au début (la société futuriste est parfaitement bien inventée et décrite), j'ai trouvé qu'il s'effilochait au fil du livre et qu'il devient presque pour l'auteur le prétexte pour étudier ce qu'une jeune fille du XXIème siècle pourrait ressentir en arrivant au milieu du XXème siècle (en renversant les codes, tant cette société du passé paraît plus libre que le futur dont elle est issue).

Mais l'épée de Damoclès au dessus de sa tête est bien présente et cette présence invisible est au centre de ses préoccupations et influence autant ses pensées que son comportement. Cet aspect est particulièrement bien réussi, on ressent comme la narratrice ce malaise permanent.
Mention spéciale au "témoignage" de ses camarades de chambrée introduit dans le roman au moment de son arrivée en 1959, avant la narration d'Adriane elle-même, qui nous permet par la suite d'avoir cette double perception de sa situation. Renforçant ainsi ce malaise, tant on craint pour Adriane les faux pas dans cette société et vis-à-vis de celle qui l'y a envoyée.

La dernière partie du roman, que je ne peux guère développer ici sans gâcher votre propre lecture, est la justification du titre de l'ouvrage. Qui pousse finalement le lecteur à s'interroger sur ce que peut être le paradis pour un être humain, surtout si on se place d'un point de vue féministe.

Donc un roman qui, si on ne le lit pas avec la volonté de lire une dystopie uniquement, prend tout son sens.
Ça vous évitera une erreur de jugement telle que celle commise par ce journaliste, qui est du coup passé à côté de l'essentiel. Pour quelqu'un qui semble mieux connaître l'oeuvre de Oates que moi, même si je comprends sa déception, je trouve qu'il s'acharne de façon un peu trop méprisante.
.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire