Ce dernier recueil inédit en français de Dorothy Allison nous permet de replonger avec délectation dans son style incandescent et empli de douceur, et dans cette manière si singulière et touchante de nommer les choses et de raconter des histoires "trash". Ces récits, écrits pour la plupart dans les années 1980, ont été rassemblés par l'autrice elle-même. On y trouve en germe toutes les thématiques que la romancière lesbienne et issue du prolétariat white trash du Sud des États-Unis a traitées dans son oeuvre : la misère sociale, les relations avec les femmes de sa famille, la violence de son beau-père, la sexualité, le rapport à la nourriture, la maladie de sa mère... Des histoires tour à tour jubilatoires et bouleversantes qui nous touchent en plein coeur.
Décidément, j'adore cette autrice. Ne serait-ce que pour l'écriture, simple, mais belle et agréable à lire, avec laquelle elle réussi à faire passer les pires évènements sans jamais tomber dans le pathos. La vie telle qu'elle est les évènements tels qu'elle les a vécus, sans que ce soit juste que les faits - ce qui évite tout description "clinique" des moments évoqués - ni jamais larmoyant. Et souvent, malgré tout, lumineux, plein d'espoir ,et doté un certain humour, subtil. Délicatesse est aussi un adjectif qui me vient à l'esprit.
Sauf dans les scènes de cul, où là elle se lâche plus voire totalement. Son écriture s'adapte aux situations aussi, il faut dire...
Comme pour "Deux ou trois choses dont je suis sûre" j'ai beaucoup apprécié en début de livre la note de traduction qui nous explique certains choix orthographiques (et militants) de la traductrice. Sans elle, je n'aurais pas autant apprécié cette lecture. L'avoir lu m'a permis de passer outre certains aspects (j'ai toujours beaucoup de mal avec "iels" par exemple) qui m'auraient davantage gênées sans elle.
J'ai encore davantage apprécié l'introduction de Dorothy Allison elle-même qui explique l'origine de ces nouvelles ou récits, et l'évolution de leur écriture.
Chaque chapitre est différent des autres dans ce qu'il raconte mais, autobiographie oblige, forme un tout cohérent et complémentaire. Malgré certains évènements à l'état brut (mais comme je le disais plus hauts, décrits avec intelligence et délicatesse), il en ressort beaucoup d'amour malgré tout. Porula jeune femme qu'elle était alors, et surtout pour les femmes de sa famille.
Et ça, pour moi, c'est le plus beau.
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