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samedi 4 juillet 2026

Le destin d'Anjali

4 de couv' :
Anjali a dix ans quand on la marie à un homme qu'elle n'a jamais vu. Et à peine seize quand elle se retrouve veuve et condamnée à être brûlée vive pendant la crémation de son époux. Ainsi l'exigent les cruelles coutumes encore en vigueur en Inde à l'orée des années 1920.
Après une évasion spectaculaire, la jeune fille trouve refuge - du moins le croit-elle - auprès d'une femme qui se révèle être une dangereuse entremetteuse. Ce ne sera là que la première étape d'un voyage extraordinaire, et souvent effrayant.
Car dans un pays sous contrôle britannique, mais qui connaît déjà de violents soubresauts indépendantistes, quel peut être le destin d'une femme en quête de liberté ?


J'ai rarement lu un quatrième de couverture plus faux :
1) évasion certes, mais pas spectaculaire (sauf sur le fait d'avoir réussi à s'évader car c'était mal parti pour qu'elle réussisse...)
2) la femme rencontrée n'est pas du tout entremetteuse
3) quel voyage ? A part un trajet en train entre son évasion et le point d'arrivée, il n'y en a plus après. Ceci, dans les 65 premières pages du roman qui en compte 468.
Voilà pur le coup de gueule.

A part cette petite contrariété (a posteriori car je n'ai pas relu le quatrième de couverture avant d'entamer ce roman), ce fut pour moi un excellent moment de lecture Malgré quelques petites maladresses, l'écriture est fluide et agréable, l'histoire bien construite, assez pédagogique sur la période où se déroule l'action et la vie en Inde, et le dépaysement garanti ! Avec ce roman, j'ai retrouvé le goût de la lecture tel que je l'avais il y a quelques années, au point d'acheter un autre livre de l'autrice, qui vient de sortir en poche.

Un vrai bonheur de lecture !
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dimanche 7 juin 2026

Murena - tomes 11 à 13

4 de couv' :

Nos ancêtres n'aimaient pas cette sorte d'égalité qui donne les mêmes faveurs au bon et aux méchants. Aussi n'était-ce pas entre tous les citoyens qu'ils tiraient au sort les magistrats. Ils fausaient à l'avance un choix des meilleurs et des plus propres à remplir chaque fonction.





Ce n'est pas ce qu'on dit mais ce qu'on sent un seul jour mais continuellement. Tu n'as pas à craindre qu'un comportement si estimable ne dégénère en indignité : seul le sage apprécie ce qu'il a. Les insensés peinent sous le dégoût d'eux-mêmes.





À la vérité, L. Crassus encore tout jeune ne tira pas sa réputation d'un autre que lui-même. Il s'acquit un très grand titre par une fameuse et illustre accusation. À l'âge où l'on est ordinairement loué pour ses exercices, L. Crassus fit voir qu'il réussissait déjà au tribunal, alors qu'il aurait pu être méritoire de s'exercer chez lui.
CICÉRON
Traité des devoirs. II.





Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongée dans cette série, dont j'avais parlé ici. Je l'avais lue jusqu'au tome 10, puis acheté le tome 11, que je n'ai pas lu tout de suite car je ne me rappelais pas bien l'histoire. J'avais l'intention de tout relire... Puis est sorti le tome 12... Puis le 13...
 
Ce week-end, je me suis décidée, avec enthousiasme, à tout reprendre depuis le début (et bien m'en a pris car visiblement, le tome 14 devrait sortir cette année).

J'aime toujours autant cette série, où l'histoire, l'Histoire, les graphismes, les personnages, les intrigues me plaisent tout autant qu'avant.

A ne réserver qu'aux adultes cependant, les scènes de nudité, de sexe et de violence étant fréquentes. Mais une belle reconstitution de la Rome de Néron, basée sur les faits ou des reconstitution au plus juste, loin des images toutes faites et fausses idées en tout genre.

A suivre jusqu'au bout !
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dimanche 31 mai 2026

La Cuisinière des Kennedy

4 de couv' :
Elle ne paye pas de mine, cette modeste tombe d'un cimatière du Vaucluse avec ses quelques bouquets, très simples. L'assemblée est clairsemée pour l'enterrement d'Andrée Imbert - 1907-1999.
Pourtant, parmi les chrysanthèmes, un egrande couronne de fleurs détonne :
"Avec toute l'affection et la gratitude de la famille Kennedy".
Comment la défunte, orpheline de l'assistance publique de Marseille, s'est-elle retrouvée à servie cette illustre famille ? Présidents, sénateurs, ministres : ils ont tous goûté à la cuisine de cette femme au destin incroyable, qui embauma l'Amérique de thym et de sarriette... Et fut témoin, côté fourneaux, d'une considérable portion d'Histoire...

J'avais hésité à acheter ce livre pour moi, puis je me suis dit qu ej'allais l'emprunter à la bibliothèque, ce que je n'ai pas fait quand j'ai réalisé que ce pourrait être une idée de cadeau pour l'anniversaire de ma mère. Ce fut donc pour elle que je l'ai acheté, elle n'a pas eu l'occasion de le lire... Pourtant, il lui aurait bien plus...

À moi il a bien plu en tout cas. Le personnage principal de ce livre est Andrée Leufroy, enfant trouvée, qui petit à petit apprend à cuisiner et en fait son métier tout au long de sa vie, améliorant sa condition au fil des emplois : cuisinière (vite réputée) chez des particulier, dans le café de son mari, un restaurant, pui sà nouveau chez des particuliers (et au passage un certain écrivain dont je vous laisse découvrir qui au fil de la lecture), tous ces emplois qui vont l'amener aux États-Unis puis chez les Kennedy.
Si la première partie du livre parle d'Andrée de sa naissance à sa rencontre avec les Kennedy, retraçant au passage, méthodiquement, la condition des enfants de l'assistance publique, la seconde partie insiste davantage sur la famille Kennedy, mais sans occulter la vie privée d'Andrée.
L'autrice a eu la bonne idée, afin de faire patienter le lecteur, de ponctuer le livre de courts chapitres de la vie de la famille Kennedy, en parallèle de celle d'Andrée, afin de ne pas trop frustrer le lecteur...

Il est surprenant pour une femme de cette époque qu'elle ait ainsi pu vivre sa vie loin de sa famille, ce qui n'était absolument pas envisageable pour les femmes de sa génération. Il lui en a fallu du courage et de la détermination, pour parvenir à ses fins, et un sacré caractère ! Le reste n'appartient qu'à elle et sa famille, dont elle était visiblement très aimée.

Sur les Kennedy, je trouve l'autrice (ou Andrée ?) peu critique. On évoque le fait que l'une des filles Kennedy soit en institution, on omet complètement de rappeler pourquoi. Sont évoqués les médicaments pris par JFK, blâmant à juste titre le médecin qui les lui prescrivait, et JFK et le reste de la famille sont peint de façon plutôt idyllique. Cela étant, l'autrice a l'honnêteté d'évoquer différents problèmes, sans s'appesantir, mais sans tomber du coup dans le travers des ragots de mauvaise presse.

Tout un pan de l'Histoire, vu de l'intérieur de cette famille et du point de vue, a priori, d'Andrée, les chapitres étant entrecoupés de ses souvenirs, racontés à son petit-fils, ce qui donne du rythme au livre et à l'écriture.

Un chouette moment de lecture en ce qui me concerne.
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mardi 26 mai 2026

J'étais roi à Jérusalem

4 de couv' :
Musicien, employé de mairie, buveur, coureur, croyant incertain, Wasif Jawhariyyeh est un joyau aux multiples facettes comme le siècle dernier savait en inventer, témoin d'un temps où chrétiens, juifs, musulmans se disaient tous des "gens de Terre sainte", des habitants d'une ville "qui mélangeait, qui mangeait ensemmble tous les dialectes de la Méditerranée". Au son du oud, Wasif fait revivre la voix de Jérusalem, les saveurs et les plus vives couleurs de son passé oublié.
Confidences douces-amères d'un petit musicien à l'étoffe de grand personnage, J'étais roi à Jérusalem raconte un homme simple qui tire des autres l'amour et l'amitié comme on tire le vin, et nous montre la mixité d'une jérusalem moderne, loin d'une archéologie qui la fige, de fantasmes ou d'antagonismes qui l'enferment en destin du monde. À travers les mots de Wasif, la ville retrouve son soleil sa poésie, et penche sur lui un sourire qui vaut mille pardons.

J'ai eu envie de lire ce livre comme j'ai toujours envie de lire ceux de Carine Fernandez. Alors certes ce n'est pas la même autrice ni donc la même écriture, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'assimiler les deux.
Question écriture, c'est le même plaisir en tout cas : très agréable, fluide, on se laisse porter avec plaisir.

Le sujet du roman n'est pas tant la biographie de Wasif Jawhariyyeh, qui l'a déjà faite lui-même par ailleurs, que l'histoire de Jérusalem et par extension d'Israël au cours du vongtièmesiècle.

Une approche originale, et pédagogique.
Une belle biographie historique et romancée.
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dimanche 8 mars 2026

Et l'Egypte s'éveilla

4 de couv' :
Une trilogie romanesque fascinante, où Christian Jacq perce les mystères de la naissance de l'Egypte, de la dynastie zéro à Narmer, le premier pharaon.
Vers 3500 avant J.-C.
Le territoire égyptien est le théâtre  de luttes redoutables entre les chefs de clan. Le jeune Narmer fait partie des rares survivants de son village. Un long voyage l'attend : la traversée de la vallée des Entraves, dont aucun humain n'est sorti vivant... Affrontant cette épreuve il se trouve plus que jamais au coeur de la guerre entre le Nord et le Sud, entre férocité et tyrannie : c'est le règne du chaos. Narmer est habité par les âmes des chefs de clan disparus. Les écueils pour faire naître nnouveau monde se révèlent d'une puissance sans égale. Mais l'indomptable Scorpion vient prêter main forte à son frère de sang jusqu'à ce que le futur pharaon réussisse à pacifier le sud des Deux Terres, mais une dernière étape sur les chemins de l'éveil de l'Égypte le confronte, non plus à son courage, mais à son coeur...


Je suis franchement partagée sur ce roman. Je l'avais acheté à sa sortie en 2011 chez France Loisirs, en grande fan de Christian Jacq que j'étais déjà à l'époque. Mais comme justement je lisais beaucoup de livres de cet auteur, je crois que celui-là a été celui de trop et j'en avais laissé tombé la lecture vers la centième page (sur 999). Trop de magie, trop de dialogues, trop différent du "Juge d'Egypte" ou de "Ramses", qui sont mes préférés. Je l'avais mis de côté en attendant le jour où je me sentirais prête à le reprendre.
De lectures en lectures, je me suis au fil du temps drôlement éloignée de l'Egypte ancienne et c'est le mois dernier, indécise en parcourant ma BAL (oui, je le rappelle, j'ai une "BAL" pas une "PAL"), que je suis retombée dessus. Le "tiens, pourquoi pas" s'est vite transformé en "oh, la bonne idée, ah ben voilà, trouvé".

Alors oui, j'ai mis un bon mois pour lire ce livre. La raison essentielle étant que je lis surtout le soir, et encore pas quand j'ai eu une journée tellement chargée que je n'arrive pas à me concentrer suffisamment pour lire et que mon cerveau me fait clairement comprendre qu'il veut du repos. Ça et quelques soucis d'ordre familial (rien de grave, mais des tracasseries à gérer) ont drôlement ralenti mon rythme de lecture.
Mais je dois reconnaître que cette lecture, me projetant autant de milliers d'années en arrière a été une vraie bouffée d'air frais.

Donc, mon ressenti sur ce roman.
Pour commencer, beaucoup trop de dialogues à mon goût. Je l'ai souvent dit ici, je préfère les romans avec le plus possible de narration à ceux débordant de dialogues. C'est d'ailleurs ce qui m'a éloigné des romans de Marc Lévy, entre autres raisons (ça, et le besoin de faire une pause, comme pour les romans de Christian Jacq, je reprendrai donc plus tard).
Sur une bonne partie de la trilogie et surtout la dernière, trop de batailles et de tactiques décrites de la même façon. Pour résumer grossièrement : les méchants sont très puissants, comment va-t-on s'en sortir, puis le jour de la bataille un peu de magie et pfuit, le problème est réglé. Je pense en particulier au passage contre les sumériens où on s'attend à un grand descriptif d'une immense bataille et où finalement tout semble réglé en quelques secondes, ce qui m'a un peu déçue (pour ceux qui n'auraient pas suivi, j'apprécie dans les romans historiques ou de Fantasy les scènes de batailles épiques, très abouties).
Certaines alliances ou trahisons sont un peu cousues de fil blanc, on devine assez facilement ce qui se trame dans le dos de certains personnages. On a un peu de suspens, mais on devine vite ce qu'il en est avant que ce ne soit soudainement dévoilé par l'auteur.
Sur la dernière partie, on passe rapidement sur certains passages que j'aurais aimé voir plus développés, comme si l'auteur voulait vite aboutir à la fin. Mais là je reconnais que c'est un procès d'intention de ma part.

J'ai cependant beaucoup apprécié ce récit du mythe de la création de l'ancienne Égypte, de tout ce qui a été à l'origine de son organisation, de ses rites, de ses croyances, fondements de cette ancienne civilisation. Cela éclaire d'un jour nouveau, et complète les autres oeuvres de l'auteur où les descriptions des rites et symboles de pouvoir et de la mythologie étaient si importants et garants de la cohésion et de la force du pays.
Si vous n'aimez pas la mythologie et donc la magie, vous risquez d'être agacé. Mais ce livre n'est pas un récit historique, c'est un récit mythologique, fondation d'une civilisation passée qui continue de nous fasciner...

J'ai bien envie de faire un parallèle entre deux duos : l'amitié (improbable au départ, j'ai eu un peu de mal au départ avec cette association de deux personnages si différents mais finalement complémentaires) entre Narmer et Scorpion et le couple Narmer-Neit. Dans ses différents romans, l'auteur exprime bien que le pouvoir en Égypte ancienne est détenu par un "couple" (pas forcément au sens marital du terme) et j'aime assez faire ce parallèle car d'un duo guerrier et fondateur vers l'émergence d'un nouveau pays, on arrive à l'aboutissement et la prospérité à partir de la création de ce pays.
En cela, le rôle de Neit est important même s'il aurait pu être davantage développé (opinion toute féminine je le reconnais).
Sur les relations de Scorpion avec les femmes, j'étais un peu agacée voire outrée par moment. Mais au final, le couple Scorpion-Fleur est un bel exemple d'emprise, écrit à une époque où on n'en parlait pas, et cela est assez moderne au final. L'évolution catastrophique de Fleur au contact de Scorpion, sans mauvais jeu de mots (enfin si peut-être) est venimeuse.

Globalement, malgré quelques longueurs à certains endroits et pas assez à d'autres, j'ai apprécié ce roman pour le dépaysement total et surtout les connaissances apportées sur la mythologie des fondations de cette ancienne civilisation.
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mardi 27 janvier 2026

Little Rock 1957

4 de couv' :
4 septembre 1957, Little Rock, Arkansas :  rentrée des classes sous le signe de la fin de la ségrégation scolaire. Les neuf enfants noirs inscrits au lycée jusque-là réservé aux seuls Blancs sont encerclés par une foule hystérique. La photographie de l'une des Neuf, Elizabeth Eckford, 15 ans, huée et insultée, fait la une des journaux le lendemain. L'Amérique est bouleversée. Le combat pour l'intégration ne fait que commencer, déclenchant une guerre politique qui va ébranler les États-Unis. Les neuf de Little Rock entrent dans l'Histoire en payant le prix fort. Thomas Snégaroff signe un récit captivant et émouvant qui brosse un portrait de l'Amérique d'hier et d'aujourd'hui.

J'ai choisi ce livre car le sujet m'intéressait, et en voyant la couverture, cela m'a rappelé la fin de "Voyage avec Charley", où John Steinbeck, à la toute fin de son périple, et donc de son livre, décrit une scène similaire, 3 ans plus tard, dans une autre ville.
Le fait que l'auteur soit Thomas Snégaroff, dont j'apprécie les interventions dans différentes émissions, et celle qu'il anime, m'a aussi donnée envie de me plonger dans ce livre.

On entend souvent parler de cette partie de l'histoire des États-Unis. Pour ma part je considérais cet évènement comme un moment emblématique de ce pays, celui où la ségrégation commençait enfin à disparaître.
J'avais autant tort que raison.
Emblématique, oui, ça l'est. Mais j'avais largement sous-estimé son impact au niveau local, national, et dans une moindre mesure, international.

Et surtout largement sous-estimé la suite de cette rentrée scolaire pour les Neuf. Je croyais naïvement qu'ils avaient fait leur scolarité certes pas accueillis à bras ouverts, mais tout au plus dans une ambiance hostile, de défiance, de mépris, et dans le meilleurs des cas ignorés.

Mépris, hostilité, mais hélas pas ignorés. Influencés par leurs parents, les autres élèves (pas la majorité mais quand même...) n'ont eu de cesse de les harceler tout au long de l'année scolaire : insultes, crachats, agressions (comment des gamins de 14 ans peuvent-ils avoir l'idée de jeter de l'acide aux yeux d'un autre gamin ?). La photo de couverture est elle-même emblématique de ce jour de rentrée, l'auteur y reviendra régulièrement tout au long du livre.
Les adultes, y compris et à commencer par les politiques ne sont guère mieux, ils attisent leurs propres craintes et haines.
Ils n'en sortent pas grandis et sont jusqu'au boutistes au point d'être pour eux-mêmes et leurs enfants totalement nuisibles et contre-productifs. Médiocres jusqu'à la fin.

Ce livre, parfaitement construit, a également le mérite de nous éclairer d'autant plus que l'auteur le poncture, en les vulgarisant, de connaissances historiques et juridiques. Ceci, sans jamais alourdir le texte.
Mais il n'est guère optimiste et bien que les faits remontent à 1957, il éclaire les États-Unis d'aujourd'hui. Hélas.
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vendredi 9 janvier 2026

Visa pour l'éternité

4 de couv' :
En 1939, Ewa fuit la Pologne envahie pour trouver asile en Lituanie. Leib, médecin, a assisté impuissant à l'anéantissement de Varsovie. Dans ce petit état balte, les réfugiés juifs tentent de reconstruire leur vie. Mais la menace d'une invasion plane et il faut repartir.
Toutes les ambassades ont fermé leurs portes. Sauf une : celle du Japon, où le consul Sugihara, agent de renseignement et diplomate, délivre des visas. Ewa, Leib et leurs amis du groupe des écrivains yiddishs doivent affronter les officiers de sécurité russes et la menace du goulag avant de pouvoir traverser le continent et la mer jusqu'au pays du Soleil-Levant. De là, destination Shanghai, alors sous contrôle japonais, où, dans un ghetto sordide, ils survivent en espérant la libération et une nouvelle terre d'accueil...
À travers cette incroyable odyssée fondée sur des faits réels, le roman de Laurence Couquiaud, (...) dévoile un pan ignoré de l'exil d'une partie de la communauté juive en Asie, évoquant la violence du déracinement mais aussi l'entraide aux confins du monde, ainsi qu'une poignante histoire d'amour, de résilience et d'émancipation. En toile de fond, le portrait du "Schindler japonais", Chiune Sugihara, qui paya cher son geste généreux.

Ce livre n'est pas seulement un livre sur la guerre, il parle aussi de courage autant individuel que collectif, d'entraide, de persévérance et d'espoir, petite étincelle dans un moment très sombre de l'Histoire mondiale.

Un roman servi par une belle écriture, fluide, qui nous emporte dès les premières lignes.

Un bel hommage aux survivants, et à celui qui les a aidés.



PS : j'ai acheté ce livre d'occasion (https://www.recyclivre.com/) et l'exemplaire reçu comporte une dédicace de l'autrice à un certain Albert. Se trouvaient également dans le livre un carte postale d'une peinture, ainsi qu'un petit mot d'un ou une proche pour le Albert en question.
Inutile de dire que cela a titillé ma curiosité...

vendredi 31 octobre 2025

Le mètre des Caraïbes

4 de couv' :
Quel rapport peut-il bien y avoir entre le lamentable crash de la sonde américaine Climate Orbiter à la surface de Mars en 1999 et le boulet de canon pirate qui fracassa la dunette d'un fier navire français en février 1794, au large de Pointe-à-Pitre ?
À priori aucun, et pourtant, à y regarder de plus près, il semble bien que dans ce tir de canon se soit jouée une partie du destin du monde. Une petite partie, certes, mains dont in ne finit pas de mesurer encore aujourd'hui les répercussions, avec une précision rendue possible par une prouesse scientifique comme l'humanité en a peu rencontré : le système métrique.
Car il en va souvent ainsi des grands bouleversements scientifiques : il leur faut, pour advenir, un soupçon d'inattendu, une larme d'incongru, une bonne rasade d'improbable, et éventuellement quelques poulets des montagnes.


J'ai adoré ce livre, acheté parce que je suis une grande fan de Lupano, qui me séduit toujours par son humour, son sens du détail et suivant les ouvrages, une certaine forme de sensibilité et de poésie.

Cette fois, ce livre est autant pédagogique que drôle. S'ils retracent une partie de la vie de Joseph Dombey, les auteurs en profitent pour retracer sa biographie.
Et si cela est véridique, ils ont pris le parti de le faire de façon hautement humoristique (dans le livre, ce personnage n'est pas son pire ennemi ou boulet, il est carrément son propre porte-poisse). Ils ont probablement imaginé ses traits de caractère, pour être raccord avec le style humoristique de l'ouvrage (et les pirates de l'histoire, n'en parlons pas...) mais peu importe, c'est réussi.
Le côté pédagogique de ce livre ne porte pas sur ce scientifique. Le sujet du livre non plus d'ailleurs. Le vrai sujet de l'histoire est le système métrique, comment il a été inventé, et ce qui existait avant. Les auteurs ont réussi à vulgariser un sujet assez complexe (la façon de mesurer le moindre objet, contenance incluse, l'était bien plus visiblement) en le rendant ludique. Les questions des pirates quand on leur expose le sujet montre à quel point il y avait en effet besoin d'un système universel, et surtout que l'imposer n'aura sans doute pas été des plus simples.
Merci aux auteurs (ou l'éditeur ?) pour les fiches didactiques de la fin d'ouvrage. Sur le système métrique et Joseph Dombey, ainsi que les poulet des montagnes et le cachiyouyou (qui oui, existe vraiment...).

Sur la bande dessinée elle-même : je voudrais louer ici la grande inventivité et le talent des auteurs et du coloriste.
C'est le genre de livre qu'on lit et relit avec plaisir, non seulement pour l'histoire et l'humour, mais aussi parce que chaque page fourmille de multiples détails que l'on (re)découvre à chaque nouvelle lecture. Chaque personnage est unique et complète admirablement le reste de la troupe.
J'ai adoré les dessins, les ô combien magnifiques couleurs et la beauté des paysages (mention spéciale à la double page - 16 et 17 - de l'arrivée sur l'île).
Et évidemment, j'ai beaucoup ri.

Une vraie réussite ! (comme le système métrique)
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mercredi 29 octobre 2025

La mort est mon métier

4 de couv' :
"Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s'éclaira...
- Le Führer, dit-il d'une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.
Il fit une pause et ajouta :
- Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.
Je le regardai. Il dit sèchement :
- Vous avez l'air effaré. Pourtant, l'idée d'en finir avec les Juifs n'est pas neuve.
- Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu'on ait choisi..."


Ce livre est la biographie romancée de Rudolph Hoess, et si l'auteur s'est parfaitement documenté, il n'en reste pas moins un roman. Le personnage principal - et narrateur - porte d'ailleurs un autre nom, Rudolph Lang.

Une fois emprunté ce livre à la bibliothèque, j'ai longuement hésité à le lire : avais-je finalement vraiment envie d'entrer dans la tête d'un tel criminel de guerre ? Certes, je voulais comprendre comment un être humain pouvait en arriver à ces extrêmes mais même si cet ouvrage a régulièrement de bonnes critiques, je n'arrivais pas à associer cette curiosité à un plaisir de lecture.
Et en même temps, maintenant que je l'ai lu, je me dis qu'une simple biographie n'aurait pas le même impact.

Je me suis donc décidée à ouvrir ce livre au moins pour voir. L'écriture, douce, simple et limpide, m'a tout de suite happée.

Cette biographie commence dès l'enfance du narrateur sans autre ambition que de montrer dans quelle type de famille il a pu grandir et sûrement pas de faire de la psychologie de cuisine.
A travers la vie du narrateur, on retrouve aussi toute cette partie de l'histoire allemande qui va mener à l'ascension d'Hitler et mieux comprendre, sans l'excuser, comment ce pays en est arrivé là.

Le personnage central, est d'une incroyable banalité, qui met ses talents dans ce en quoi il croit, qui est définitivement la plus mauvaise orientation, et surtout sans affect aucun. Ne compte pour lui que le sens du devoir, de remplir les missions qu'on lui donne quelles qu'elles soient. Certains le qualifieraient de psycho-rigide.
Psychopathe non, car il ne prend aucun plaisir à faire du mal. C'est en cela qu'il est troublant : il n'a même pas conscience de faire du mal puisque ses supérieurs, en qui il place toute sa foi et sa confiance, lui disent de faire ainsi. A aucun moment il ne se dit qu'il a affaire à des êtres humains, il ne voit que l'obéissance à respecter. Que ce soit son travail à l'armée, à l'usine, son mariage ou la direction d'un camp de concentration... Et tant pis pour les conséquences pour les autres et qu'il soit apprécié ou non puisque pour lui ce n'est pas le plus important.
On lui donne un ordre, il est sur une logique et rien d'autre ne doit être pris en compte. Froid et insensible jusqu'au bout.

Troublant ad nauseam, en particulier dans un passage où il doit trouver une solution pour exterminer le plus de prisonniers possibles et rencontre les dirigeants d'autres camps pour voir leurs pratiques, et comment les améliorer dans le sien. Et tous ces calculs, où des êtres humains seront appelés des "unités".
Et son incompréhension face à la réaction humaine d'autres personnes, qui n'acceptent pas l'horrible réalité.

Un très bon roman, parfaitement bien écrit, qui fait beaucoup réfléchir sur l'être humain et sa capacité de nuisance.
Inutile de dire que depuis, j'ai eu besoin de lectures beaucoup plus légères...
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samedi 30 août 2025

Spartacus

4 de couv' :
71 avant J.-C. La République romaine, au faîte de sa puissance, se vautre dans la luxure. Les petits paysans, dépossédés de leur terre, encombrent des villes surpeuplées. Les élites ne pensent qu'aux plaisirs. Le sang des esclaves irrigue tous les étages de la société. C'est de cette fange qu'émerge Spartacus, gladiateur révolté et formidable meneur d'hommes. À la tête d'une armée d'esclaves, il défie la République. Rejoint par les opprimés, il se lance dans une fuite éperdue à travers l'Italie. Avec, au bout du chemin, un unique espoir : la liberté.

C'est ce livre qui est à l'origine du film de Stanley Kubrick, avec Kirk Douglas dans le rôle principal.
J'avais quelque souvenirs du film, mais que des bribes. De mémoire, le film tournait autour de Spartacus (il faut vraiment que je le revoie....).

La lecture de ce livre a été une (bonne, excellente) surprise.

Si effectivement le roman tourne autour du personnage de Spartacus, rien à voir avec mes souvenirs du film. Tous les personnages du roman parlent de Spartacus, quelque soit leur statut et c'est par ce biais qu'est évoqué le personnage.
Et, personnage après personnage, chapitre après chapitre, se profile un portrait de Spartacus.

L'écriture du livre, initialement paru en 1951, m'a parue résolument moderne. A voir si c'est dû à la nouvelle traduction, mais elle m'a enthousiasmée !. Certaines situations (homosexualité explicite par exemple), sont très modernes pour l'époque.

Il est surtout question dans ce livre de condition humaine, ce qui en fait un roman intemporel.

Une belle réussite, je comprends qu'il ait eu autant de succès. La vraie bonne surprise de cet été.
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vendredi 23 mai 2025

Marzi

4 de couv' :

Petite carpe

En Pologne, on dit que les enfants comme les poissons n'ont pas de voix.
En attendant de me faire entendre, j'essaye de prouver aux autres mon existence.
Mais le plus souvent, on ne me voit que quand je fais une bêtise...












Sur la terre comme au ciel

Alors les cris dans le vide-ordures, ce serait aussi un péché ?
Notons peut-être... Regarde, j'en ai vingt maintenant !
Et moi treize !
Invente un autre, ça porte malheur !
Tu crois que Dieu nous pardonnera ?
Vingt péchés, c'est beaucoup...
Si tu les regrettes et promets de ne jamais en refaire, c'est gagné !
Tu veux qu'il te pardonne ou pas ?
Oui mais oh, qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?








Rezystor

La ville est tellement silencieuse et noire qu'elle paraît hostile et malveillante à faire peur.
Et dehors, quelque part dans la nuit, il y a mon papa.
Avec son vélo.
Il ne devrait plus travailler et pourtant il n'est toujours pas rentré.
Mais il n'est pas seul.
Avec lui, il y a d'autres papas avec des vélos.










Le bruit des villes

Mais qu'est-ce que tu fais là ?
J'attends les vaches...
Les vaches ?!?
Ça fait plus d'une heure qu'elles sont rentrées, ta tante est en train de les traire !
Elle se demandait où tu étais passée ?!











Pas de liberté sans solidarité

On crie ensemble avec beaucoup de vigueur : Solidarnosc !
Cest amusant de protester. Quand on est si nombreux, c'est tout de suite plus convaincant ! Precz z komuna ! À bas le communisme !

Ça deviendrait plus sérieux si à la maison il y avait autant de monde pour me soutenir : Precz z jajecznica ! À bas les oeufs brouillés !
Solidarnosc !!
Un rêve.







Tout va mieux...

Des sacs de riz, de farine, de sucre, du café, du thé, des shampoings, des savons, des lessives, des "budyns", des "kisiels" par milliers !

- Mais si elle avait déjà dix kilos de riz ou vingt kilos de sucre, pourquoi en achetait-elle encore ?
- Oh, tu sais, on pensait que rien n'allait changer, que la situation allait empirer. Elle faisait des stocks.









Nouvelle vague

- Cet été, le syndicat de mon usine peut envoyer les enfants d'ouvriers en colonie de vacances.
Soit au bord de la Baltique, soit dans les Tatras.
Je ne connais pas la mer, tu irais la voir pour moi, comme ça.

- Envoie-là à la montagne. Sinon elle va se noyer et on aura des soucis.












C'est suite à une newsletter de ma librairie de BD préférée que j'ai... Emprunté cette série de bandes dessinées à la bibliothèque.
Il y a beaucoup à lire dans cette BD. Beaucoup de textes et finalement pas autant de dialogues que dans d'autres donc attendez-vous à avoir un heure de lecture pour chaque tome. Pour ma part, j'en ai lu un par jour, la série m'a fait une semaine.

Le sujet, la vie d'une petite polonaise avant, pendant et après la chute du mur de Berlin me paraissait intéressant à plusieurs points de vue : pour commencer, parce qu'on peut lire tous les livres et articles que l'on veut sur cette période, rien ne vaut le témoignage (ou roman) d'une personne qui vous fait vivre une période historique de l'intérieur.
Ensuite, de façon plus égoïste, parce que Marzi et moi sommes de la même génération et si nous n'avons pas le même âge, seules quelques petites années nous séparent. En plus, nous sommes toutes deux enfants uniques.
J'ai bien aimé, entre autres, comparer ses souvenirs aux miens, chacune de notre côté du rideau de fer.

Elle est attachante, Marzi, avec ses beaux yeux grand ouverts sur le monde. Comme tous les enfants, elle regarde, observe, découvre, s'interroge sur ce qui l'entoure. Elle décrit un quotidien compliqué, parfois difficile, mais il y a les copains, les cousins, des moments de petites joies et et de petits bonheurs.
Il s'agit d'une vision d'enfant mais si elle ne connaît ou ne comprend pas toujours tout, elle est loin d'être bête et son regard neuf sur le monde n'en fait que davantage le mettre en relief dans les moindres détails.

Et puis elle grandi sous nos yeux, sa compréhension et son observation du monde évolue  avec elle. Mais la série ne parle pas que de la situation en Pologne, elle parle surtout de son enfance à travers les mille et un petit détails qui font sa vie. A travers elle on apprend la vie quotidienne et culturelle de ce pays à cette époque.

Et si la fin du rideau de fer, accueilli avec enthousiasme, n'apporte pas l'euphorie attendue (il va falloir s'adapter...), c'est quand même sur de belles vacances d'été et un bel espoir que s'achève la série.

Une belle réussite que cette bande dessinée, vraiment.
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vendredi 29 novembre 2024

Blanc autour

4 de couv' :
En 1832, près de Boston, une "charmante et pittoresque petite école pour jeunes filles accueille une vingtaine de pensionnaires.
Éduquer les filles, c'est un peu ridicule et inutile, pense-t-on alors dans la région. Mais somme toute pas bien méchant.
Jusqu'au jour où la "charmante école" annonce qu'elle acceillera désormais des jeunes filles... Noires.
Trante ans avant l'abolition de l'esclavage, les quelques quinze jeunes élèves de l'école Crandall vont être accueillies par une vague d'hostilité d'une ampleur insensée.
L'Amérique blanche a peur de certains de ses enfants.


J'avais beaucoup entendu parler de cette bande dessinée et de son succès, je me suis donc laissée tenter.

Un succès amplement mérité, tant cet ouvrage traite avec intelligence, douceur, subtilité (et humour !) un sujet particulièrement dur.

Les dessins, tout de rondeur et de finesse, m'ont fait un peu penser aux illustrations de certains livres pour enfants, et de fait, le scénariste et le dessinateur ont réussi à faire en sorte que ce livre soit à la portée de tous.

Et pour conserver son aspect pédagogique et fermer le livre sur une note optimiste, je dois reconnaître que la postface, relatant la biographie de certaines des protagonistes de l'école, et pour une partie d'entre elles leur héritage, donne un un autre relief à ce récit.

A mettre entre toutes les mains !
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mardi 22 octobre 2024

Les mystères de Yoshiwara

4 de couv' :
Avec ce roman nous pénétrons de plain-pied dans le monde fascinant de Yoshiwara, le plus grand quartier des plaisirs de la ville d'Edo, aux règles complexes et raffinées, et aux secrets bien gardés.
Un homme enquête : qui est-il, d'où vient-il ? Nous ne l'apprendrons qu'à la fin. Mais ce que nous comprenons, c'est qu'une "affaire" a eu lieu, et que cette affaire concerne la grande Katsuragi, l'une des courtisanes les plus prisées de Yoshiwara. L'un après l'autre, tenanciers de maisons, domestiques, amuseurs, geishas, entremetteuses, viennent répondre aux interrogatoires. Et chacun en profite pour se lancer dans des digressions ou des confessions cocasses, nostalgiques ou cyniques, qui donnent une image très vivante de ce qui fait son quotidien.
A travers ces histoires drolatiques, tragiques ou émouvantes, à travers ces diatribes truculentes, enthousiastes ou désabusée mais toujours pleines de verve, on voit revivre tout le petit peuple de Yoshiwara, avec ses lois, ses usages, ses rites, et ses savoureux systèmes.


Acheté cet fois sur ma bouquinerie en ligne préférée, ce roman est une bonne surprise. Pas seulement en raison de l'histoire ni de l'écriture, très agréable, mais de l'originalité de sa construction.

Chaque chapitre est le témoignage d'une personne du quartier de Yoshiwara, qui s'adresse à un personnage qui cherche à savoir les dessous de l'affaire. Ce personnage, dont on ne sait rien sinon à la toute fin, est celui qui suscite ses témoignages. Autant dire que tous les autres, en s'adressant à lui, semblent s'adresser à nous, lecteurs.

A cette différence prêt que lui sait qui il est et son lien avec l'histoire, et pas nous. Et que je dois avouer avoir échafaudé différentes théories, autant sur lui que sur le fin fond de l'histoire, qui se sont toutes écroulées comme château de cartes !

Mais le véritable intérêt du roman n'est pas l'intrigue, qui n'est en fait que le prétexte de faire découvrir aux lecteurs le fonctionnement du quartier des plaisirs d'Edo au début du XIXème siècle. C'est une véritable ville dans la ville qui est décrite ici, avec ses rites, ses règles, sa hiérarchie.
Je recommande particulièrement, avant d'entamer la lecture de ce roman, de lire en fin d'ouvrage la table des chapitres. Chaque chapitre étant en effet "dédié" à un personnage, le titre comporte son nom et sa fonction. Cela permet d'avoir une petite idée de la vue d'ensemble.
Mention spéciale aux cartes en début de livre, bien utiles pour se donner une idée d'ensemble.

Un roman aussi plaisant à lire que pour s'instruire.
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dimanche 20 octobre 2024

Sanaaq

4 de couv' :
L'auteur, Mitiarjuk Napaaluk, est une femme inuit née en 1931 dans la région Kangirsujuaq, au Nunavik. C'est une des personnalité les plus extraordinaires de l'arctique canadien. Sans jamais avoir fréquenté l'école, elle a appris l'écriture syllabique inventée par des missionnaires et a écrit, dans les années 1950, le premeir roman inuit  Sanaaq. Publiée en 1983 dans une édition en syllabique, cette oeuvre est restée, jusqu'à aujourd'hui, inconnue du grand public. Artiste renommée, Mitiarjuk a reçu en 1999 le Prix National d'excellence de la Fondation nationales des réalisations autochtones, et, en 2000, un doctorat honoris causa de la Faculté d'Éducation de l'Université McGill, pour sa contribution à la Commission scolaire Kativik, dans le domaine de l'éducation et de la culture.
(...)
Sanaaq est le nom de l'héroïne, dont on suit, tout au long du récit, les heurs et malheurs avant et après l'arrivée des premiers Blancs en pays inuit. À l'image de Mitiarjuk, c'est une femme forte et équilibrée, sensible et déterminée qui nous fait découvrir de l'intérieur, comme aucun Occidental, fût-il anthropologue, n'a encore pu le faire, la vie et la psychologie des Inuit confrontés à une nature extrême, à la nécessité de partage et à l'envahissement de leur territoire par les Blancs et leur civilisation.


Nouvelle petite trouvaille de la dernière braderie des médiathèques de Brest. J'ai me découvrir de nouvelle civilisations, de nouveaux auteurs, issus de nouveaux horizons. Là pour le coup, je suis servie et n'ai pas hésité longtemps avant d'ajouter ce livre à ma pile.

La lecture de ce livre fut pour moi assez ardue pour les deux tiers en raison de l'écriture que je n'ai pas trouvé agréable à lire. Les chapitres semblent être une succession d'anecdotes, il y a beaucoup de dialogues - encore que pour une fois, cela m'ait moins dérangée que pour d'autres romans -, ce qui donne une certaine dynamique, mais cela manque du coup de narration et surtout de descriptions ou explications pour mieux comprendre. Comme la vie des Inuit de cette époque, l'écriture est âpre, directe, sans fioriture. Un peu trop pour le coup, ou pour moi en tout cas. Cela est très différent dans le dernier tiers du livre, dont l'écriture est un revirement complet : plus travaillé, plus de narration, plus fluide. Surprenant.

Cela étant, bien qu'il s'agisse d'un roman, la grande qualité de ce livre est de permettre au lecteur de s'immerger dans la vie quotidienne des Inuit de cette époque : leurs coutumes, leur façon de vivre en famille, leur société, leurs valeurs. Rien que pour ça, ce livre est inestimable. La transition entre leur vie entre eux et l'arrivée des occidentaux, ce qui en découle est un moment charnière de leur histoire.
J'ai vite compris que ce roman (confirmé dans la postface) contient beaucoup du vécu de l'autrice.

Pour bien comprendre et apprécier ce livre, il est clair que la préface et la postface sont assez intéressantes (cette dernière contenant des éléments que j'aurais souhaité avoir lu dans la préface, même si je comprends le choix de la maison d'édition).
Une bonne idée également que le lexique inuit en fin de livre.

Si ce livre ne correspond pas à mes goûts littéraires, il reste intéressant d'un point de vue ethnologique pour la curieuse que je suis.
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jeudi 15 août 2024

Fille de samouraï

4 de couv' :
À travers Fille de samouraï, Etsu Sugimoto raconte son enfance au sein d'un Japon traditionnel dans lequel elle doit s'affranchir des pesanteurs sociales et culturelles imposées aux femmes de son époque. De Nagaoka dans la province d'Echigo (qui signifie "derrière les montagnes") à Cincinnati aux États-Unis où elle épouse un marchand japonais expatrié, elle revient sur son parcours singulier où elle a dû conquérir sa liberté.
Experte en culture japonaise, Amélie Nothomb a saisi dans la préface toute l'importance de ce témoignage. Selon elle, la fille du samouraï "subit toutes les contraintes du samouraï lui-même sans bénéficier d'aucun de ses privilèges". L'auteur de Stupeur et tremblements ajoute : "Un autre temps y est contenu. J'ai pris un plaisir immense à me plonger dans la prose délicate et minutieuse d'Etsu. Elle est irrésistible". Autant dire toute l'importance de cette autobiographie pionnière.


Dans ce livre, ce n'est pas tant la biographie d'une japonaise de la fin du XIXème siècle que l'on découvre, mais bien une partie de la société japonaise de cette époque, avec ses us et coutumes. L'autrice, tout en se racontant, arrive à se mettre suffisamment en retrait pour parler de son pays et d'une partie de sa société, de son milieu, de son siècle.

Elle réussit le tour de force de suivre une chronologie... et pas du tout. Tout en déroulant le cours de sa vie chronologiquement, le moindre détail est prétexte à relater une anecdote plus ancienne.

J'ai adoré sa comparaison entre les différences culturelles américaines et japonaise, faite non sans malice parfois effectivement.

Et si son récit s'arrête bien avant que ses enfants deviennent adultes et qu'elle-même soit une vieille dame, et qu'il est surtout basé sur nombre d'anecdotes, cela reste plaisant à lire et construit intelligemment.

Une de mes meilleures lectures de cet été, pour ne pas dire de cette année.
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jeudi 30 mai 2024

Patria


4 de couv' :
2011 : l'ETA, organisation indépendantiste basque, dépose les armes. Un armistice inédit qui bouleversera le destin d'une Espagne divisée par la haine et le nationalisme. Au coeur de ce conflit, deux familles, deux femmes : Bittori et Miren, amies d'enfance séparées par le terrorisme ; l'une est l'épouse d'une victime, d'un "assassiné", l'autre la mère d'un terroriste. 2011 résonne différemment chez elles : si Bittori décide de revenir au village pour trouver des réponses, Miren voudrait tout oublier...
Au-delà des convictions inébranlables, des blessures et du courage individuel, le destin de ces deux familles interroge sur l'impossibilité d'oublier et la nécessité de pardonner d'un pays brisé par le fanatisme politique.


Cette bande dessinée es une adaptation du roman "Patria", de Fernando Arrumburu, que j'avais particulièrement aimé à l'été 2021

Difficile d'adapter ainsi un roman aussi dense que celui-là, mais il faut reconnaître que Toni Fejzula l'a particulièrement réussi. Il a eu la bonne idée d'attribuer un code couleur pour chaque personnage que l'on repère plus facilement ainsi par la couleur des bulles. Les repères dans les va-et-vient dans le temps, entre passé et présent, s'en trouvent ainsi facilités, et je trouve que c'est là autant une marque de respect envers l'auteur qu'envers leurs lecteurs respectifs.
Qui plus est, il a admirablement su mettre sa propre "patte" dans cet ouvrage sans pour autant dénaturer l'oeuvre originale.
Petit bonus : j'ai parfaitement retrouvé dans la BD les décors que je m'étais imaginés en lisant le roman.

Une belle réussite, vraiment.
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mardi 30 avril 2024

Warda

4 de couv':
Venu rendre visite à des parents dans le sultanat d'Oman, le narrateur cherche vainement la trace de Warda et de son frère Yaarob, deux Omanais qu'il a connus à l'université du Caire les les années 1950 et qui, militants de gauche, se sont engagés dans les années 1960 dans ce qui allait devenir la guérilla de Dhofar. Quand il désespère de jamais les retrouver, il est abordé par un jeune homme qui lui remet des pages du journal intime de Warda. Sa propre quête se double dès lors du récit de la jeune femme qui raconte l'épopée des guérilleros du Dhofar, des premières victoires à la reprise en main par le nouveau sultan.
Courageuse, lucide, belle, Warda veut changer le monde. A travers  ce personnage vibrant, l'auteur rend un magnifique hommage à l'idéal révolutionnaire des années 1960 et à ceux qui y ont sacrifié leur jeunesse et parfois leur vie.


Aussi dur à lire qu'instructif !
Dur à lire pour moi qui n'ai pas toutes les références historiques et culturelles des pays du Moyen-Orient, même si ce livre reste quand même abordable. Il faut juste prendre son temps pour le lire car il y a un certain nombre de données à assimiler, et j'ai d'autant plus ralenti ma lecture durant les 100 premières pages, que j'ai beaucoup fait de recherches de cartes et biographies pour bien comprendre l'ensemble.

En dehors de ce petit - et pas insurmontable - souci, ce livre est très intéressant pour tous ceux qui aime l'histoire et s'intéressent à la culture d'autres pays.

Si on garde à l'esprit que l'auteur et les narrateurs ont tous été des militants communistes, ce roman-récit a été pour moi une vraie découverte historique et m'a beaucoup appris. Je n'ai pas tout retenu, loin s'en faut, mais il m'a permis de mieux comprendre les pays du Moyen-Orient. Cela m'a replongé aussi à la période de la Guerre Froide, et remémoré (on oublie vite !) ce que cela impliquait.
L'action des Etats-Unis, celle de l'URSS, et sont aussi écornées au passage les compagnies pétrolières (françaises incluses).

Le journal de Warda nous fait découvrir le quotidien de guérilleros, ainsi que celle des populations rencontrées. Par petites touches, ou allusions, on apprend beaucoup sur les conditions de vie des habitants. Comme quoi de longues descriptions sont moins parlantes que de simples petites phrases.

Vraiment, une belle trouvaille que ce livre, acheté un peu par hasard lors de la dernière braderie des médiathèques de Brest.
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vendredi 12 avril 2024

Lebensborn

4 de couv' :
Il y avait deux programmes nazis secrets :
le premier avait pour but d'exterminer les juifs dans des camps,
le second de faire naître des aryens dans des maternités.

C'est quand même un tour de force que de réussir à mettre de l'amour et de la poésie sur un sujet qui au départ en est tellement dénué.

Les dessins, les couleurs, le scénario, les textes et dialogues en font une histoire très douce, très forte aussi, d'où ressort un profond amour familial (du moins pour un côté de la famille).

Contrairement au diction, toute vérité est bonne à dire. Surtout aussi joliment.
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dimanche 3 mars 2024

Les soeurs d'Auschwitz

4 de couv' :
"Je veux que vous me promettiez et que vous promettiez chacune à vos deux soeurs de toujours veiller les unes sur les autres. Que vous ne laisserez rien vous séparer. Compris ?"
Slovaquie, 1942. Les années ont passé depuis que Livia, Cibi et Magda Meller ont fait ce serment à leur père. Car dans une Europe désormais à feu et à sang, chaque jour est un sursis pour les trois adolescentes juives.
Pourtant, quand Livia est arrêtée par les nazis, Cibi tient sa promesse et suit sa soeur dans l'enfer d'Auschwitz, où elles seront bientôt rejointes par Magda.
Confrontées à l'horreur et à la cruauté du camp, les trois soeurs vont formuler un nouveau voeu. Celui de survivre. Ensemble.

J'ai eu plus de mal à démarrer ce roman.
Le début évoquant la vie des trois soeurs avant leur déportation, cette période heureuse de leur vie m'a parue insupportablement mièvre, car autant j'ai pu apprécier ce style dans les Comtesse de Ségur, autant là cela m'a dérangée.
Puis je me suis dit que cela venait aussi sans doute du fait que j'ai lu les trois livres de façon rapprochée et donc qu'une certaine lassitude m'avait gagnée. Pas sur le thème, mais sur l'écriture. Si je n'avais pas décidé de les remettre à ma mère ce week-end (nous étions chez elle pour son anniversaire, d'où le choix de cette date), je l'aurais mis de côté et aurais choisi un autre livre totalement différent.
Je l'ai donc mis de côté quelques jours et l'ai repris.

Quand je l'ai repris, ça allait mieux. Mais j'ai continué à avoir le même ressenti que pour les deux précédents : trop romancé.
L'écriture n'est pas désagréable, le fait est qu'il est difficile d'écrire un roman à partir de témoignages sur un thème aussi grave, mais cette impression ne m'a pas quittée.

J'ai fini par comprendre d'où venais le problème, du moins à mon sens : le fait est que l'autrice s'est prise d'amitié pour ceux et celles qu'elle a interviewé, et n'a donc (peut-être) pas eu le réflexe d'avoir davantage de recul sur leur histoire pour le rendre plus factuel, donc plus réel pour le lecteur.
Car oui, c'est un roman, mais aussi un récit. Difficile de trouver un équilibre entre les deux.

Cela étant, une fois plongée dedans, difficile d'en ressortir, au point d'avoir failli manquer mon arrêt de bus en allant au travail jeudi matin, c'est dire !

Bref, bien que parfois trop romancé à mon goût, un livre prenant un indispensable témoignage de cette époque.
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vendredi 23 février 2024

Le voyage de Cilka

4 de couv' :
Cilka Klein n'a que 16 ans lorsqu'elle est déportée. Très vite remarquée pour sa beauté par le commandant du camp de Birkenau, elle est mise à l'écart des autres prisonnières.
Mais à la libération du camp par les russes, elle est condamnée pour collaboration et envoyée en Sibérie. Un deuxième enfer commence alors pour elle. Au goulag, où elle doit purger une peine de quinze ans, elle se lie d'amitié avec une femme médecin et apprend à s'occuper des malades à l'hôpital.
C'est ainsi qu'elle rencontre Alexandr et qu'elle découvre que l'amour peut naître même dans les situations les plus dramatiques.

Comme pour "Le tatoueur d'Auschwitz", ce roman se base sur une personne qui a réellement existé, à partir de témoignages que l'autrice a pu récolter à son sujet. Après recherches sur Internet, je me suis rendue compte que son histoire tient largement plus de la fiction que de la biographie.
L'autrice ne s'en cache d'ailleurs pas : par exemple Cilka - la vraie - avait deux soeurs, dans le roman elle n'en a plus qu'une qui est un condensé des deux.

Sur l'histoire racontée dans ce roman : j'ai été happée dès les premières pages et ai eu du mal à en décrocher. On se prend d'affection pour le personnage, on envie de suivre ses aventures, savoir ce qui va lui arriver jusqu'à sa libération (et si elle est libérée, vu qu'elle se trouve dans un goulag), si elle va vraiment passer 15 ans dans ce camp, comment elle va survivre, etc.

Mais si le contexte du goulag est bien posé dès le début, je trouve qu'il est plutôt survolé dans le reste du livre. Et que l'autrice n'insiste pas plus que cela, n'y faisant que des allusions par la suite. Par exemple : des personnages marchent sous la neige à un moment. Mais on est en Sibérie, ce n'est pas comme s'ils étaient dans nos contrées, là-bas ils sont sous des températures avec des dizaines en-dessous de zéro quand même, ça aurait dû être décrit avec un peu plus de difficultés que cela...
Au lecteur donc de s'en rappeler au fil du livre, ce qui n'est pas gênant au final. Mais je dois avouer que par moment, je n'avais plus l'impression qu'elle était au goulag. Des détails de la vie là-bas sont inclus dans le roman, mais j'ai parfois eu l'impression que d'autres manquaient pour lui donner davantage de substance.

Cela étant, mention spéciale à l'honnêteté de l'autrice qui explique en postface sa façon de procéder sur la création des personnages et du roman, ainsi qu'à la postface d'Owen Matthews, qui rend compte de la réalité historique des goulags et du contexte politique de l'époque.

Un très bon roman, prenant, pour le moment mon préféré des trois tomes.
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