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dimanche 21 juin 2026

La disparue de la réserve de Blackfeet

4 de couv' :
Juin 2017, réserve des Blackfeet, Montaana. Ashley Loring Heavyrunner, vingt ans, se rend à une fête. Sa famille ne la reverra plus. Le police ne s'en inquiète pas. Sa soeur Kimberley se charge de naviguer dans le flot des rumeurs pour démêler les faits. Car, sur ces terres indigènes, au coeur des montagnes, les mères et les soeurs doivent résoudre seules les disparitions des femmes de leur communauté.
Sourde à toutes les demandes, la police ignore l'ampleur des histoires, où chaque famille connaît des disparitions. Avec acharnement, Kimberley persévère, organise des battues, interroge les témoins, luttant pour qu'Ashley ne soit pas oubliée comme tant d'autres avant elle.
Être une femme amérindienne dans une réserve, c'est avoir dix fois plus de risques de se faire tuer que la moyenne aux États-Unis. La journaliste Anaïs Renevier brise le silence qui entoure ces affaires et dessine les contours d'une crise nationale meurtrière.


C'est par une newsletter des éditions 10/18 que j'ai entendu parler de cette série de livres, qui retrace les histoires d'enquêtes criminelles célèbres aux États-Unis. Je dois reconnaître que sur le moment, j'ai trouvé cela un peu morbide de créer une collection dédiée à ce ty pe de sujet. Mais moins hypocrite aussi car au final un certain nombre de livres traitent des mêmes sujets.

C'est donc avec une certaine curiosité que j'ai choisi ce livre. Curiosité pour la façon dont le sujet serait traité. L'autrice est journaliste, et ce livre est vraiment construit comme une enquête journalistique. Elle est claire dans ses propos, méthodique, vulgarise parfaitement le moindre élément un peu complexe, et agréable à lire.

Sur le contenu du livre, je ne dirai pas grand chose de risque de tout divulgâcher à ceux qui comme moi ne connaissaient pas cette histoire, son évolution et ses répercussions. Disons qu'en dehors du cas d'Ashley Loring Heavyrunner, c'est la condition féminine, en particulier dans les réserves américaines - héritières d'un lourd passé génocidaire - dont il est aussi question.

Petit (tout petit) bémol technique : j'aurais préféré que les cartes se trouvent en début d'ouvrage plutôt qu'à la fin, ou au moins qu'il y ait dans le textes des notes de bas de page indiquant les pages où se trouvent ces cartes, le glossaire, etc.

Par contre, une bonne idée que ce QR code qui renvoie au dossier de l'affaire : vidéos, articles, avis de rechercher du FBI, etc. Dossier très, très complet.

Un très bon travail de journaliste, qui donne envie de continuer à suivre le sujet.
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vendredi 21 novembre 2025

Droit dans les yeux

4 de couv' :
"On ne se regarde plus dans les yeux. Question d'habitude, de paresse, de pudeur ? On est rivé sur un écran, parfois même en marchant...", A.T.
À l'arrivée d'Augustin Trapenard, Le Grande Librairie inaugure en septembre 2022 sa nouvelle formule avec une séquence finale dans laquelle un auteur lit, face caméra, un texte qu'il a écrit spécialement pour l'émission.
"Droit dans les yeux" offre une tribune libre aux plus grands écrivains de notre époque. Fiévreuse, tendre, éloquente, profonde... Qu'elle s'attache à l'actualité ou questionne le rôle du livre et de la lecture, leur parole ouvre une parenthèse dans le temps médiatique.
Prix Nobel de littérature, romanciers, auteurs de polars et de science-fiction, poètes, écrivains pour la jeunesse, bédéistes, scénaristes, historiens, philosophes, anthropologues... Ensemble, ils livrent une admirable démonstration de leur talent et nous rappellent à quel point, dans une société en quête de sens, leur voix est essentielle.


Comme vous vous en doutez, je suis une grande fan de l'émission "La Grande Librairie" depuis... plusieurs années maintenant, je ne saurais même pas dire depuis quand.

La nouvelle séquence de l'émission m'avait au départ un peu déconcertée - la notion "droit dans les yeux" appliquée à la lettre m'était un peu dérangeante au début - mais je dois reconnaître que ces textes sont de véritables pépites littéraires, philosophiques ou poétiques... ou tout cela à la fois.

Je me suis délectée de chaque page, chaque ligne, chaque mot.

Ceux qui connaissent l'émission savent que chaque semaine apporte un nouveau thème... qui n'est même pas évoqué dans ce livre, seulement parfois dans certains textes.

Un peu déçue au début, j'ai vite compris que c'était le mieux à faire : plutôt que d'enfermer chaque texte dans le thème de l'émission pour laquelle il a été écrit, cette neutralité le rend d'autant plus intemporel.

Une bonne idée aussi est la mini biographie de chaque auteur à la fin des textes.
Une très bonne idée que d'y ajouter les textes originaux, - après la version française - pour ceux qui ont été diffusés (sous-titrés) dans la langue des écrivains quand ceux-ci ne parlent pas français.
Une excellente idée que de reverser une partie des ventes de ce livre à Bibliothèques sans Frontières, dont Augustin Trapenard est le parrain.
Et de le sortir maintenant : beau cadeau pour les fêtes de fin d'année, aussi bien pour soi-même et son entourage que pour cette association.

Décidément, tout me plaît dans  ce livre : le contenu, la présentation aussi sobre que belle, la mise en valeur de belles idées humanistes et de la littérature sous toutes ses formes.

Un vrai bohneur de lecture !
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vendredi 21 mars 2025

Loin de chez moi

4 de couv' :
"Sur une route du Donbass, nous venons d'essuyer un tir d'obus. C'est un miracle que nous soyons en vie. Nous roulons, pied au plancher, pour échapper à une nouvelle attaque. Mon téléphone sonne. Il est dans la poche de mon gilet pare-balles. Impossible de ne pas répondre. C'est l'un de mes fils.
Je décroche. Il s'agit d'un problème de cuisson de riz. J'explique ma méthode. Je ne parle pas trop fort, j'ai peur que les membres de mon équipe me prennent pour une folle. Mais ce soir, le riz sera bon à la maison."
Rien ne prédisposait Maryse Burgot, fille d'agriculteurs bretons, à sillonner le monde au péril de sa vie. Les directs et les reportages de cette évadée de son milieu d'origine sont, depuis les années 1990, des rendez-vous incontournables des téléspectateurs de France 2. Avec sa voix singulière et son approche de l'information, elle s'est définitivement installée dans nos salons le soir à 20 heures.
Des Balkans à l'Ukraine en passant par l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, Maryse Burgot a couvert les plus grands conflits de notre époque. Correspondante de France Télévisions à Londres, puis à Washington, pour concilier ses aspirations familiales et professionnelles, Maryse Burgot montre aussi l'espoir qui résiste au coeur des catastrophes et nous fait vivrele grand reportage dans son versant le plus noble.


Si j'ai apprécié cette lecture, j'ai été un peu frustrée car je m'attendais à ce que soit davantage décrit le parcours de l'autrice : ce qui 'a amenée à suivre cette voie, un peu de ses études, et surtout ses tout premiers postes. Cela n'est hélas que tout juste évoqué.

Qui plus est, le récit n'est pas tout à fait chronologique, du moins au départ, ce qui au final n'est pas si dérangeant et est finalement assez cohérent.
Est particulièrement intéressant le parallèle entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle, montrant à quel point ce métier rend difficile la possibilité de concilier les deux... De son point de vue visiblement, car ses enfants n'ont pas l'air de lui reprocher ses absences, et semblent au contraire étonnés de son inquiétude à ce sujet.

Chaque chapitre retrace un évènement marquant dans le monde, certains plus dramatiques que d'autres. Ce livre m'a permis de (re)découvrir un certain nombre de contextes géopolitiques qui trouvent leur aboutissement actuellement. Et donc mieux comprendre le contexte actuel.

Agréable à lire, ce témoignage est aussi intéressant qu'instructif.
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vendredi 21 juillet 2023

Un été avec Victor Hugo


4 de couv' :
Victor Hugo rêvait d'être "Chateaubriand ou rien". Sa vie et son oeuvre dépasseront cette ambition. Il sera un océan à lui tout seul : romancier, poète, dramaturge, pamphlétaire, académicien, pair de France, député. Tout en conservant le génie de l'enfance, Victor Hugo empoigna le XIXe siècle, combattit les injustices, la peine de mort, et toutes les formes d'aliénation. Il croyait au mouvement, au progrès. Son défi était de n'avoir jamais peur. Malgré les épreuves, les deuils familiaux, l'exil, Victor Hugo choisit de vivre : "Je suis celui que rien n'arrête / Celui qui va." Il mit sa force, son souffle dans l'amour des siens, la conquête des femmes, la création et la passion de l'humanité : "Ma vie est la vôtre,  votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une."
Passer un été avec Victor Hugo, ce n'est pas seulement se reposer à l'ombre d'un géant, mais aussi voyager en sa compagnie, aimer jusqu'à l'épuisement et partager son sens de l'humour loin de l'image scolaire.


Décidément, j'aime beaucoup cette collection de petits livres issus de l'émission de radio "Un été avec..." de France Inter.

Cette fois c'est le duo de complice de l'émission "ça peut pas faire de mal", Laura El Makki et Guillaume Gallienne, qui s'y sont collés. Et avec passion, on le voit, qu'ils aiment Victor Hugo, autant l'homme que l'écrivain, mais non dénués d'objectivité.

Chaque extrait ou allusion aux romans, pièces de théâtre ou poésies, suscite l'envie de se plonger dans ses oeuvres, même les moins connues. Il est cependant pour moi aussi décourageant que Zola ou Balzac, tant il a été prolifique, il va falloir choisir, mais peu importe.

Par contre, ce qui peut rebuter certains qui ne connaîtraient pas le programme de cette émission, le but n'est pas d'en faire un biographie chronologique, mais bien de mettre en valeur des aspects de sa vie, de sa personnalité et bien évidemment, de son oeuvre.

Pari gagné haut la main quand on considère le format d'une émission de radio, et celui de ce petit livre, en comparaison avec l'ensemble de l'oeuvre.

Une lecture enthousiasmante, qui en appelle d'autres !
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samedi 15 juillet 2023

La boîte noire


4 de couv' :
Au Japon, porter plainte pour viol est synonyme pour les femmes de véritable suicide social. Une femme a pourtant pris le risque de parler à visage découvert.
En 2015, Ito Shiori a 26 ans, elle est journaliste. Un soir, elle rejoint N. Yamaguchi - directeur dans une grand chaîne de télévision et proche du Prmier ministre - au restaurant pour parler affaires. Quelques heures plus tard, elle reprend conscience dans une chambre d'hôtel, en train de se faire violer.
Confrontée à la mauvaise volonté des pouvoirs publics et au silence des médias, Shiori mènera seule l'enquête sur sa propre affaire.
Le livre que vous avez entre les mains est son histoire, sa voix, et surtout son combat pour faire changer le regard que porte la société japonaise sur les victimes d'agressions sexuelles.
Ito Shiori est aujourd'hui le symbole du mouvement #MeToo au Japon et a été élue par le Times l'une des 100 personnalités les plus influentes de l'année 2020.

Au delà d'un témoignage sur le viol subie par l'autrice et sur les conséquences de cette agression sur la victime et son entourage, ce livre est surtout une réflexion sur la prise en charge policière, judiciaire, médicale, associative de ce type de crime. Et sur la façon dont il est perçu dans la société.

Certes, il s'agit ici du Japon, mais l'autrice pousse plus loin sa réflexion, de façon plus globale en comparant aussi à ce qui est fait dans d'autres pays (sans cependant trop s'appesantir dessus, ce qui aurait brouillé la lecture).

Ce texte est très factuel, dénué de pathos, mais sans empêcher le lecteur de ressentir de l'empathie. De ce sujet, elle n'oublie aucun aspect.
Elle décrit les choses sans fard, avec une grande objectivité, et donc une très grande crédibilité. 

Même si ce livre s'adresse d'abord aux lecteurs japonais, le thème est hélas suffisamment universel mais aussi ici bien traité pour être accessible à toutes et tous sur cette planète.

Sur la notion de victime : elle rejette, comme beaucoup d'autres, ce terme de victime car il ne correspond pas à sa personnalité.
Je me suis souvent fait la réflexion que ce terme n'est pas en fait la perception que l'on se fait de la personne (pauvre petite chose fragile que l'on doit secourir ou protéger ou je ne sais quelle autre perception), mais bien plutôt le terme juridique qui permet de déterminer à laquelle des deux parties la procédure doit déterminer la personne : si on me vole mon sac à main, oui je serais la victime d'un vol, le voleur étant le coupable.
C'est la façon judiciaire de distinguer chaque partie l'une de l'autre, et pour moi n'a rien à voir avec leurs personnalités.

Et victime-petite-chose-fragile, elle ne l'est certes pas ! Je retiens d'elle son intelligence, sa pugnacité et son courage, car malgré les moments de faiblesse, inévitables, elle continue d'avancer et d'en faire un combat, devenant moteur du mouvement MeToo dans son pays.
Celui qui l'a agressé ne s'est décidément pas attaqué à la bonne personne s'il voulait s'en sortir facilement...

Bravo.
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jeudi 29 décembre 2022

Ciel mon moujik !


4 de couv' :
Marka limouzine, motor kaput ! Défitsit énêrguii ! Chauffeûr mâchine diêbil ! Rândévou katastrof !
Le moteur de la limousine de marque est tombé en panne. Il y a eu un déficit énergétique ! Le chauffeur de la voiture était débile. J'ai raté mon rendez-vous !
Vous pensiez que votre vocabulaire russe se limitait à "niet" et à "vodka" ?  Ce lexique franco-russe vous prouvera le contraire ! La langue de Tolstoï regorge en effet de mots venus de celle de Molière. Après vingt ans passés à explorer la Russie, Sylvain Tesson nous propose un florilège aussi amusant qu'instructif. Il décortique ici l'origine de ces mots insolites qui ont traversé les frontières.
Un "ôpouskoûle" indispensable !

Soyons honnête : ce livre ((version remaniée et augmentée de "Katastrôf") n'aurait pas eu pour auteur Sylvain Tesson, je ne pense pas que je l'aurais acheté. J'aurais au mieux jeté un coup d'oeil amusé en le feuilletant dans la librairie ou la bibliothèque, mais sans plus.

J'ai toujours aimé apprendre des langues, c'est donc quand même avec une certaine curiosité que j'ai ouvert ce livre.
L'auteur ne prétend évidemment pas nous familiariser avec la langue russe, encore moins l'apprendre, mais s'amuse tout simplement, avec une certaine pédagogie, bien construite (un thème par chapitre) des similitudes entre nos deux langues, faux amis inclus.
L'ouvrage ne renferme pas qu'une énumération de mots, il est également émaillé d'anecdotes personnelles et de notes et explications de culture générale sur la vie en Russie.

Et cerise sur le gâteau, chaque titre de chapitre est agrémenté d'un dessin humoristique de l'auteur.

Par contre, je dois reconnaître qu'il y a parfois de longues listes de mots et pour qui n'aime pas les langues (et de toutes façons ne lirait pas ce livre sauf fan collectionneur de chaque ouvrage de l'auteur), la lecture pourrait être lassante, voire laborieuse. Pour ma part j'ai dû faire quelques pauses car je ne faisait que survoler certaines listes, trop longues à mon goût.

Par contre, pour quiconque apprend cette langue, ce peut être un ouvrage didactique fort divertissant.
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dimanche 25 décembre 2022

Espaces sauvages


4 de couv' :
C'était le rêve d'un petit garçon du Midwest. Ce rêve, trente ans plus tard, Jim Fergus l'a réalisé : 5 mois de chasse itinérante sur le continent nord-américain. 30 000 kilomètres, 24 états - du Maine au Montana, en passant par New York et la Floride - avec son truck, son fusil et son chien Sweetzer, ainsi que tous les anonymes, écrivains et passionnés croisés au fil de la route.
Entre forêts, marais, diners et bivouacs, Jim Fergus nous entraîne dans une balade sauvage qui révèle "le vrai monde derrière l'Amérique"...


Ce fut un voyage très agréable, en  bonne compagnie, que la lecture de ce livre, que j'avais acheté après avoir fini "Mon Amérique", qui m'avait tout autant enthousiasmée.

Si j'appréhendais un peu le côté chasse du périple, il a été largement tempéré par le respect du chasseur envers le gibier, et surtout par ses piètres qualités de tireur (quand il ne laisse pas les oiseaux s'échapper volontairement).

Ce fut aussi très instructif. S'il donne parfois son opinion, il laisse largement la place à tous les acteurs de la chasse, et par là j'inclus largement (comme lui-même) les anti-chasse. Les différents types de chasseurs, les biologistes, les écolos, les agriculteurs de toutes sortes, etc.
Pas d'opinion tranchée ici, le lecteur peut se faire sa propre idée. Sauf peut-être sur la façon de dresser un chien, dénigrant certaines méthodes, parfois s'interrogeant sur l'efficacité de certaines pratiques.

Le seul avis véritablement donné est celui-ci : respecter la faune locale et surtout sa flore, mise à mal par certains agriculteurs, ou écolos urbains qui ne connaissent pas la faune qu'ils prétendent défendre... Ces derniers détruisant par ignorance, car faute d'étude du terrain, leur habitat naturel.

La nature, les paysages, les spécificités naturelles de chaque état traversés, l'esprit de la chasse (la vraie, pas celle instituée sous forme d'industrie touristique pour nantis), sont ici mis en valeur.

Beaucoup de réflexion aussi sur la préservation de l'environnement, ce qui lui porte atteinte et pourquoi.

Ce livre a été écrit en 1992. Dans un des numéros de son excellent magazine "America", François Busnel avait abordé ce sujet également et j'y ai (hélas) retrouvé beaucoup de ce qui est exposé dans ce livre.

Une réflexion à poursuivre, un livre de référence.
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mercredi 30 novembre 2022

Le voyant


4 de couv' :
Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyrant est arrêté en 1943 par la Gestapo, puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient "The Blind Hero of the French Resistance". Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans.

Et me voici à nouveau dans les lectures du challenge Booknode 2022, dont le thème cette fois est "un livre qui parle d'un sens" (pas facile à trouver, croyez-moi). A force de recherches sur ce thème, je suis tombée sur cette biographie.

Et je suis bien contente de ce thème de challenge, sans quoi je n'aurais sans doute jamais entendu parler de lui qui, vite tombé aux oubliettes en France, semble ultra-connu aux USA et en Allemagne, et dont les rares écrits (il faudra que je m'en procure un) sont étudiés dans ces deux pays.

La découverte pour moi n'est pas que sur ce personnage, intelligent, solaire, volontaire, elle est aussi sur l'auteur de ce livre dont le nom et le visage ne m'étaient pas inconnus, mais que je n'avais jamais lu jusqu'ici.
Son écriture est tout simplement magnifique, un pur bonheur de lecture et de l'intellect, je ne sais pas dire mieux.

Certes, ce livre est avant tout un hommage, et l'écriture le traduit bien -mais sans ostentation-, et il ne manque cependant pas d'objectivité.
L'édition que j'ai lue est la version poche, ce qui fait qu'elle est augmentée d'une postface centrée sur l'après de la première publication de ce livre retraçant les rencontres suscitées, corrigeant les erreurs ou imprécisions, ajoutant des données.
Pour un hommage en forme de biographie, on ne peut trouver plus complet.

Et puis cette écriture, vraiment, cette écriture...
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mardi 16 août 2022

Un été avec Rimbaud


4 de couv' :
Lire Arthur Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins.
Chez le poète des Illuminations et d'Une saison en enfer, la vie s'organise dans le mouvement.
Il s'échappe hors de l'Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l'amour en Belgique, se promène à Londres puis s'aventure à mort sur les pistes d'Afrique.
La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par les mots.
Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore.

Au temps où le monde était paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson s'est échappé une saison avec Arthur Rimbaud.
La littérature, meilleur antidote à l'ennui.
Un été avec Rimbaud est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2020 sur France Inter.


Bizarrement, et bien que le ton et l'écriture soient les mêmes, je n'ai pas autant apprécié "Un été avec Rimbaud" que "Un été avec Homère".

Pourtant, ce sont tout deux des auteurs que j'ai très peu lus. Même si dans le cas d'Homère, je connais relativement bien l'histoire de l'Iliade et l'Odyssée et que dans le cas de Rimbaud, je ne connais que "le dormeur du val" grand poème classique étudié pendant la scolarité.
Autant dire que je connais beaucoup moins l'oeuvrer de Rimbaud, pour le coup.

Et c'est peut-être de là que cela m'a posé problème : difficile de se plonger dans une oeuvre que l'on ne connaît pas. Ajoutez à cela que j'ai de grosses lacunes pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à la poésie, et malgré la volonté de Sylvain Tesson de vulgariser au maximum l'analyse de texte, l'étude de l'oeuvre et la vie de Rimbaud, je dois reconnaître que ma lecture a été un peu plus laborieuse que d'habitude.
Et pourtant, j'adore l'écriture de Sylvain Tesson mais cette fois, ça a été plus compliqué pour moi d'assimiler et ses idées, et les textes du poète. Sans compter que j'ai commencé par entrecouper ma lecture de ce livre par les poèmes cités en référence dans chaque chapitre. J'ai vite arrêté d'ailleurs, car je ne savais plus où j'en étais de ma lecture par moment.

Je regrette aussi certaines comparaisons avec notre époque, qui cassent un peu la fluidité du texte sur le sujet principal de cette série d'émissions radiophoniques, à savoir Rimbaud. Et sont parfois en trop. Heureusement ces passages ne sont pas si nombreux, mais si ils s'expliquent par le contexte de l'époque, ils sont maintenant, seulement deux ans après, un peu en trop.

Quoi qu'il en soit, ce qu'il faut retenir de ce livre, en dehors de la biographie du poète, c'est la beauté. Peu importe le sens de ses poèmes, seule la beauté de la langue telle que maniée par Rimbaud est la seule vérité valable dans son oeuvre.

Et ça, Sylvain Tesson l'a admirablement bien exposé.
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jeudi 28 juillet 2022

Anagrammes à la folie


4 de couv' :
Il arrive que deux folies se rencontrent pour le meilleur. L'écrivain Sylvain Tesson a ouvert grand ses horizons à Jacques Perry-Salkow, "faiseur d'anagrammes" comme il y a des faiseurs de pluie".
L'anagramme consiste à mélanger les lettres d'un mot pour en former un autre. Elle opère une lecture secrète, fait surgir un sens tapi dans le repli des mots et des noms. C'est ainsi qu'un canoë peut contenir tout l'océan et que mille rêves recèlent autant de merveilles...


Je m'attendais avec ce livre à quelques considérations sur les anagrammes (de fait oui, en introduction, histoire de donner le ton) voire à une partie où le lecteur lui-même aurait à chercher lui-même quelques anagrammes proposées par les auteurs avec les solutions à l'envers en bas de page ou en fin de livre. Mais entre les deux, surprise totale.

Pas de jeu pour le lecteur, mais de beaux textes qui dont le point de départ est le titre et le point d'arrivée son anagramme. Par exemple : le nom d'un personnage célèbre, un court texte sur un moment précise de sa vie qui va coller à l'anagramme qui aura été tirée de son nom. Une certaine idée de la perfection...

Toutes les anagrammes proposées ic ne sont pas forcément accompagnée d'un texte, ce qui évite un effet catalogue et permet de casser un peu le rythme de lecture.

J'ai constaté avec surprise que dans ce petit livre initialement paru en 2013, bâti à trois (un pour les anagrammes, un pour les textes, un pour l'illustration), on retrouve effectivement beaucoup de Sylvain Tesson : un peu de l'esprit des aphorismes (ici et ), un peu des Forêts de Sibérie, un peu de Berezina, un peu de Noir aussi (dans un texte en particulier), un peu de Géographie de l'instant...

Mention spéciale à la qualité du papier, un beau papier blanc épais, à laquelle je ne me serais jamais attendue pour un livre de poche (éditions Pocket).
Cela se justifie très certainement pour un meilleur rendu des peintures à l'encre de Michel Spinosa dont je regrette vraiment qu'il ne soit pas cité en couverture car ce livre.
La beauté de ses peintures rehausse admirablement la qualité du livre, au point que parfois je me dit qu'elle ne font pas que l'illustrer, mais pourraient parfois être considérées comme le point de départ de certains textes. Un bel équilibre donc. Car autant je me suis attardée sur certains textes, autant je me suis attardée sur la plupart des peintures, preuve s'il en est qu'elles ne sont pas que des illustrations.

Une bonne surprise à tous points de vue, ce livre.
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mardi 26 juillet 2022

Lettre à ma fille


4 de couv' :
Dédié à celle qu'elle n'a jamais eue, Lettre à ma fille est une succession de courts textes décrivant les souvenirs qui ont façonné la vie exceptionnelle de Maya Angelou.
Féministe avant l'heure, et après une enfance et une adolescence marquée par la violence, elle écrit avec le coeur de millions de femmes qu'elle considère comme ses soeurs de combat. La littérature la sauvera et l'amènera à être la première étudiante noire d'une école privée. Puis elle fréquentera le milieu intellectuel noir-américain et deviendra une grande militante de la condition des femmes noires.
C'est grâce à l'écrivain James Baldwin qu'elle se mettra à écrire après la mort de Martin Luther King et deviendra l'auteure que l'on connaît aujourd'hui.
Dans ce captivant récit, l'auteure nous fait partager ses combats et les épreuves qui ont forgé son caractère dans la compassion et le courage.

Ce livre est un magnifique héritage transmis par Maya Angelou à toute fille ou femme qui la lira. Elle ne s'adresse pas vraiment à la fille qu'elle n'a pas eue, mais à toutes celles qu'elle a pu ou pourrait inspirer. Ce qui n'empêche pas tout homme ou garçon de le lire...

Chaque court texte a un thème précis et de chaque souvenir relaté, elle en tire une leçon autant pour elle-même que pour nous tous, empreinte de générosité d'empathie et de bienveillance... Et non dénuée d'autodérision et de sévérité envers elle-même quand elle évoque certains souvenirs où elle a fait preuve disons... de trop de spontanéité un peu vive (et c'est rassurant de voir qu'une telle grande dame peut elle aussi se mettre dans des situations embarrassantes).

Elle rend aussi hommage aux personnalités et artistes qui l'ont marquée, probablement très célèbres aux États-Unis et/ou à leur époque, et que j'ai donc découverts par ce biais. Inutile de dire que ce livre va me servir de référence pour les découvrir.

Et en bonus, nous régale de quelques poèmes.

Mention spécial au prologue de Dinaw Mengestu : un très bel hommage, qui m'a donné envie de découvrir cet auteur.

Décidément, un livre à mettre entre toutes les mains.
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dimanche 14 février 2021

La fuite dans l'immortalité


4 de couv' :
Cupides ou assoiffés de reconnaissance, rois de l'improvisation ou adeptes du risque zéro, soutenus pas toute une nation ou pourchassés - peu importe, les deux curieux aventuriers qu'on va suivre, héros "malgré soi", explorateurs  aussi flamboyants que pathétiques des derniers espaces vierges de la planète, reflètent la fragilité de l'être humain et requièrent toute notre bienveillance. Héros, ils le sont devenus, l'un par volonté, pour sauver sa peau, et l'autre par accident, en mourant ; mis l'un comme l'autre VascoNunez de Balboa qui, au WVIe siècle, découvrit l'océan Pacifique, comme le capitaine Robert Scott qui, quatre cents ans plus tard, rejoignit le pôle Sud, ont dû choisir, à un moment, leur destin. C'est tout le génie de Stefan Zweig que de nous faire vivre cet instant précis où une existence bascule et de nous persuader que ce héros-là, ce pourrait être nous.


Cadeau de mon homme parce qu'il a bien noté à quel point j'aime cet auteur, ce fut pour moi une lecture découverte. Je sais que Stefan Zweig n'a pas écrit que des romans et nouvelles, mais je ne connaissais pas ces deux textes.

Je trouve intéressant de (re-)découvrir la (grande) Histoire par les détails. Et ces deux récits, sans complaisance ni jugement pour ces deux histoires ont le mérite en effet de nous permettre de suivre ces deux explorateurs au plus près de leurs pensées et ressentis, sans toutefois que l'auteur se soit mis à leur place.
Les faits sont suffisamment bien écrits et décrits pour qu'on se sente presque avec eux durant toute la lecture.

Et en supplément, je vous offre pour chaque récit, la bande-son :
Balboa (bon d'accord, le film parle de Colomb, mais c'est ce que j'ai pu trouver de plus proche dans le contexte)

vendredi 3 avril 2020

Petit traité sur l'immensité du monde

4 de couv' :
Sylvain Tesson parcourt le monde. Dans les steppes d'Asie centrale, au Tibet, dans les forêts françaises ou à Paris, il marche, chevauche, escalade, bivouaque dans un arbre ou sous un pont, construit des cabanes.
Cet amoureux des reliefs poursuit le merveilleux et l'enchantement. Dans nos sociétés de communication, il en appelle à un nouveau nomadisme, à un vagabondage joyeux.
Ce Petit traité sur l'immensité du monde est un précis de désobéissance naturaliste, une philosophie de poche buissonnière, un récit romantique contre l'ordre établi.


Où on retrouve avec plaisir la prose de Sylvain Tesson, qui traite ici du vagabondage en homme cultivé, et d'expérience puisque ce livre est ponctué d'anecdotes sur ses voyages.
Anecdotes que j'ai reconnues avec bonheur pour certaines, qui m'ont mis l'eau à la bouche pour les autres.

Une belle approche du vagabondage sous toutes ses facettes et acceptions, un vrai bonheur de lecture.
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jeudi 26 mars 2020

Retour dans l'oeil du cyclone

4 de couv' :
Les quatorze essais regroupés dans ce volume, publiés à l'origine dans divers journaux et revues, couvrent une période allant de 1960 à 1985. James Baldwin y évoque les marches pour les droits civiques, les raisons de son exil en France, ses rencontres avec Martin Luther King, sa critique de l'éducation aux Etats-Unis ou encore sa célébration de la langue noire. Explorant les tensions et les non-dits qui touchent son pays, Baldwin offre une analyse pertinente, sévère et subtile de la société américaine qui n'a rien perdu de son actualité ni de sa nécessité.
Ces textes dressent le portrait d'un homme dont la perspicacité, l'engagement et l'écriture ont ouvert la voie à de futurs grands écrivains noirs américains.


Brillant, vraiment. Et pour la langue, et pour l'analyse des sujets évoqués, et pour la façon dont l'auteur part d'un postulat pour amener le lecteur vers la conclusion par une (là encore) brillante démonstration.

Des textes hélas très actuels, c'est dire si les Etats-Unis ont évolué depuis (en matière d'éducation par exemple).

Le lire est tout simplement délectable (félicitations au traducteur), la langue utilisée sert admirablement des démonstrations qui sinon pourraient peut-être paraître à certains lecteurs un peu rébarbatives. Or ces textes restent parfaitement abordables à tous, sans céder à trop de facilités.
Car 60 ans après les premiers textes, même si on n'est plus dans le contexte de l'époque, le lecteur suit parfaitement le raisonnement.

Chapeau bas !


"(...) suppose par définition que les Noirs doivent être traités, à tous égards, exactement comme les autres citoyens de la République. C'est là un concept qui a toujours eu du mal à passer en Amérique. D'une part, parce que ce concept s'attaquait et s'attaque encore, à un réseau d'intérêts particuliers, vaste et complexe, qui perdrait de l'argent et du pouvoir si la situation du noir venait à changer. (...)"


"Ce que les sociétés veulent vraiment, idéalement, ce sont des citoyens qui, simplement, obéissent aux règles de la société. Si une société y parvient, alors elle court à sa perte. L'obligation de toute personne qui s'estime responsable est d'examiner la société et d'essayer de la changer et de la combattre - quels que soient les risques encourus. C'est le seul espoir pour la société. La seule façon de la changer. "


dimanche 23 février 2020

Panthéon

4 de couv' :
Panthéon est un roman sur l'enfance. L'enfance est souvent une horreur - mais quand on finit par la rejoindre, tard dans la vie, elle est peut-être enfin cela, qu'on appelle le paradis.


J'aurais rarement été aussi perplexe pour donner mon opinion sur un livre. Je l'ai mis dans la catégorie "essai", mais j'ai bien failli créer la catégorie "inclassable".

Soyons honnête, j'ai peiné à lire le premier tiers de ce livre. Il n'y a pas d'histoire à proprement parler, l'auteur suit son propre raisonnement et joue avec les mots jusqu'à l'ivresse, mais c'est le lecteur qui a parfois un peu la gueule de bois et se retrouve perdu.

Mais : il y a une réelle musicalité dans les phrases, par laquelle, une fois accepté l'idée qu'il n'y a pas d'histoire mais qu'il s'agit plutôt d'un catalogue de ceux qui sont entrés au Panthéon, le mérite, ne le mérite pas ou mériterait d'y entrer, et les raisons, on se laisse porter.

Ensuite, le côté lapidaire ou pseudo admiratif vis-à-vis de telle ou telle personnalité, typique de l'auteur (ou de son image), plus le style d'écriture, on accroche ou pas, et je pense que ça a dû en rebuter plus d'un (sauf une certaine catégorie d'intellectuels en manque d'originalité littéraire).

Je crois comprendre le parallèle entre son enfance et sa nécessité, à l'époque, de se raccrocher à des "héros", ceux du Panthéon... on en y faisant maintenant le tri.

Bref, un livre détonant, étonnant, avec une belle qualité d'écriture qui est aussi un style très particulier et qui me laisse autant curieuse que dubitative. A relire pour mieux l'apprécier ?
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vendredi 14 février 2020

Un été avec Homère

4 de couv' :
Au long de l'Iliade et l'Odyssée chatoient la lumière, l'adhésion au monde, la tendresse pour les bêtes, les forêts - en un mot, la douceur de la vie. N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres ? Certes, le choc des armes la recouvre parfois. Mais elle revient toujours, cette chanson d'amour adressée à notre part de vie sur la terre. Homère est le musicien. Nous vivons dans l'écho de sa symphonie.


Ce fut juste un ravissement que cette lecture. L'auteur aime L'Iliade et l'Odyssée et ça se voit, et ça se lit avec délectation.

Il réussit avec bonheur (et non sans humour) à démontrer l'intemporalité de ces oeuvres, constance de la nature humaine oblige, en faisant un parallèle avec notre époque.

Un vrai petit bijou que cette explication de texte et ce livre (l'objet) pour lequel j'ai envie, une fois n'est pas coutume, de remercier et féliciter la maison d'édition Equateurs Parallèles tant la finition a été particulièrement soignée, surtout dans la mise en page, la couleur utilisée pour les citations et le pur bonheur de le tenir entre les mains tant le format est juste par-fait.



Ulysse part, et nous assistons au premier naufrage d'une série de catastrophes. L'Odyssée est le pire manuel de navigation jamais publié dans l'histoire de l'humanité.


Message d'Homère pour les temps actuels : la civilisation, c'est quand on a tout à perdre, la barbarie, c'est quand ils ont tout à gagner.


L'Iliade sonne actuel parce qu'il est le poème de la guerre. En deux mille cinq cents ans, la soif de sang pulse toujours. Seul l'armement a changé. Il est devenu plus performant. Le progrès est la capacité de l'homme à développer son pouvoir de destruction.


samedi 23 novembre 2019

Une très légère oscillation

4 de couv' :
Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence ? Toute une vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l'ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête.
Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar.
Le journal est la bouée de sauvetage dans l'océan de ces errements.
Chaque soir, on y revient.
On lui voue sa fidélité.
Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s'apaise en une très légère oscillation.


J'aime assez lire les pensées des écrivains ou journalistes sur l'actualité. D'autant qu'ici, il s'agit non seulement d'articles de la rubrique "bloc-notes", édités dans le Point entre 2014 et 2017, mais aussi aussi de pensées personnelles sous forme de journal.
Et surtout, l'auteur nous régale de ses aphorismes, égrainés de ci de là.

Parfois intransigeant dans certaines opinions, souvent désabusé, mais toujours lucide, et le plus souvent avec humour, Sylvain Tesson nous livre ses pensées et réflexions sur l'actualité. A chacun de s'y retrouver ou pas, mais là n'est pas le plus important : c'est surtout de prendre nous aussi le temps de la réflexion.
Pour ma part, je me retrouve dans la plupart des ses opinions, pas toujours certes (nous ne sommes pas tous pareils et c'est très bien comme cela) mais quelle que soit l'opinion partagée avec ses lecteurs, elle est toujours argumentée et éclairée de ses propres connaissances.

Et ça, c'est ce qui se fait de mieux.

Et je ne résiste pas, en forme de clin d'oeil (un brin pathétique, oui, je le reconnais) de citer l'un de ses aphorismes :
"Internet : au commencement était le Verbe. A la fin était le blog."
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jeudi 30 mai 2019

De l'âme

4 de couv' :
"Votre missive contient une singulière requête : "Parlez-moi de l'âme"...
Votre phrase : "Sur le tard, je me découvre une âme", je crois l'avoir dite à maintes reprises. Mais je l'avais aussitôt étouffée, de peur de paraître ridicule.
Sous votre injonction, je comprends que le temps m'est venu de relever le défi...
J'écris le mot "âme", je le prononce en moi-même, et je respire une bouffée d'air frais. Par association phonique, j'entends Aum, mot par lequel la pensée indienne désigne le souffle primordial. Instantanément, je me sens relié à ce désir initial par lequel l'univers est advenu, je retrouve au plus profond de mon être quelque chose qui s'était révélé à moi, et que j'avais depuis longtemps égaré, cet intime sentiment d'une authentique unicité et d'une possible unité."

Ce livre fait partie des différents cadeaux de Noël offerts par mon homme dans l'optique de m'apporter sérénité, bien-être et/ou réconfort. Pour rétablir les choses dans leur contexte, disons que j'ai eu dans les mois précédents une surcharge de travail au boulot qui a conduit à un épuisement aussi bien physique que moral. Avec pour conséquences fin janvier un arrêt de deux semaines, suivi à ma reprise de multiples excuses de mes chefs et un réaménagement de ma charge de travail.

Le choix de ce livre n'était donc pas anodin, d'autant que l'auteur, régulièrement invité à "La Grande Librairie" fait partie de ceux que nous retrouvons avec plaisir dans cette émission. Son érudition, sa sagesse et son éloquence est toujours un bonheur pour les oreilles, l'intelligence et... l'âme, justement.

C'est donc sans surprise (et merci à la libraire de l'avoir si bien orienté !) que mon homme a opté pour ce livre.

Et très bon choix effectivement, le sujet étant d'une richesse incroyable quand on prend la peine et le temps de s'y intéresser un peu.
L'auteur réussit l'exploit, dans cet ouvrage de 184 pages, d'exposer en le vulgarisant, à peu près tout ce qui peut être dit sur le sujet : la perception de l'âme dans les différentes civilisations et époques, les mots pour la définir ou la dénommer, son propre ressenti, son propre parcours et tout ceci sous forme de correspondance avec une amie.
Son écriture, sa délicatesse, en font un plaisant moment de lecture. Les idées et raisonnements exposés, nourrissent l'intellect avec bonheur, d'autant qu'il n'a pas la prétention de détenir LA définition de l'âme, mais laisse à chacun l'opportunité de s'en approcher le plus possible.

Un beau moment de lecture, qui fait du bien. Merci, Monsieur Cheng.

" Savoir qu'on a une âme ou l'ignorer, cela ne revient pas au même. Savoir qu'on a une âme, c'est porter une attention éveillée aux trésors qui peuvent s'offrir dans la grisaille des jours, laquelle s'exerce à tout ensevelir. Trésors dénichés qu'on ne met plus dans la poussière du grenier, qu'on chérit au lieu de les jeter au vent."
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lundi 20 mai 2013

Confessions d'un fils modèle

4 de couv' :
Dans ce travail de mémoire émouvant, sincère, subtil, Jake Lamar revient sur les années 1980, qui l'ont vu réaliser le rêve de son père : s'extraire de sa condition. Ce faisant, il décrit sans concession l'ambivalence de la bourgeoisie noire américaine, prise entre ses difficultés à s'insérer dans la société blanche et son désir de ne pas être rejetée par les autres Noirs.
Titre original : "Bourgeois blues".


Je ne sais s'il faut réellement considérer ce livre comme un essai puisqu'il est un peu sur la forme d'une réflexion intime, comme si l'auteur lui-même cherchait à faire le point sur sa propre vie.

Pourtant, par le biais d'une réflexion sur sa famille et son évolution sociale génération après génération, c'est le portrait d'une catégorie sociale américaine à un moment donné qu'il nous expose là.
Ou comment une histoire personnelle (nos histoires personnelles) se conjugue(nt) avec l'évolution de la société dans laquelle on évolue.

Une étude sociologique intime, en sorte, en dehors des clichés, avec autant d'objectivité que possible - s'agissant d'un portrait familial - et que j'ai pour ma part trouvée intéressante et ai donc bien aimé.
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jeudi 21 mars 2013

Comme un roman

4 de couv' :
LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR
1. Le droit de ne pas lire
2. Le droit de sauter des pages
3. Le droit de ne pas finir un livre
4. Le droit de relire
5. Le droit de lire n'importe quoi
6. Le droit au bovarysme
7. Le droit de lire n'importe qui
8. Le droit de grappiller
9. Le droit de lire à haute voix
10. Le droit de nous taire

Il est ici question essentiellement du plaisir de la lecture, comment le transmettre, le retrouver, l'entretenir.

C'est évidemment le point de vue du lecteur, mais aussi de l'enseignant, ce qui rejoint un peu ce qui est dit dans "Chagrin d'école" mais en plus succinct.

Je me suis beaucoup retrouvée dans ce qu'il dit ici, que ce soit sur ce qui peut dégoûter quelqu'un (en particulier les élèves de collège et lycée) de la lecture que sur sa conception d'un lecteur et de ses droits.

Et puis c'est Pennac, donc le lire lui, quelque soit le sujet, c'est déjà à la base un plaisir à l'état pur de par sa verve, son humour, son humanité.
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